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Remonter sur corde: le mode débrouille

Publié il y a 4 mois par Benoit

As-tu vu ? Le tuto est en vidéo juste au dessus! Clic sur le bouton play. Sinon, voici le lien de la vidéo: https://youtu.be/IHYqOQLduwo

 

Important: une astuce qui n'apparaît pas dans la vidéo est décrite au point n°3: remonter avec 2 ficelous. ;)

 

Bonjour et bienvenue dans ce tuto débrouille où, tu te débrouilles pour remonter sur corde sans matériel spécifique. Sans bloqueurs mécaniques quoi !

En situation réelle, on a plutôt tendance à faire au plus léger et du coup, on a rarement avec nous toute la panoplie du petit remonteur sur corde et qui plus est, sur corde à double !

Cette vidéo est le second chapitre sur le thème de la remontée sur corde et nous allons y décortiquer 4 configurations de remontée sur corde juste avec le matériel qu’on aurait normalement sur nous en escalade (grande-voie) ou en canyon.

Prérecquis

  • Les principes de base de la remontée sur corde;
  • Les nœuds autobloquants - Chap.1;
  • Les nœuds autobloquants - Chap.2.

 

NOTE: La version complète avec photo de la description texte du tuto sera prochainement disponible ci-dessous.1Introduction

Alors d’abord, pourquoi va-t-on avoir besoin de remonter sur corde en mode débrouille ?

En canyon le cas classique c’est quand j’ai laissé un nœud de rabout et le huit en butée chacun d’un côté du relais et là, j’peux plus rappeler ma corde. Et en escalade, le grand classique c’est… je descends en rappel, j’ai merdé, genre j’ai raté le relais par exemple, et je dois remonter.

Petite note :

Dans cet exemple de: je descend puis je dois remonter, il y a une étape clé qui ne vas pas être décrite dans ce tuto car un focus sur la technique en question est prévu dans un autre tuto. Il s’agit des conversions descente-montée et montée-descente. Autrement dit, comment convertir en sécurité mon système de remontée sur corde en système de descente en rappel ? Et vice versa.

 

Comment choisir ma méthode ?

-Bon ok je dois remonter sur corde uniquement avec ce que j’ai sur moi. Comme d’habitude, dans une vidéo, on ne peut pas traiter toutes les configurations possibles. lLidée, c’est qu’avant de se lancer dans la manip', je fais une p’tite analyse de la situation et du matos:

  1. J’ai déterminé que je peux effectivement remonter en sécurité sur la corde parce qu’elle bien attachée la haut, et qu’il n’y pas de frottement majeur ou d’autre facteurs pouvant me mettre en danger en cours de remontée;
  2. Je vais fouiller dans ma caisse à outils, voir quels outils bloqueurs je peux avoir avec le matos que j’ai a dispo et choisir les plus adaptés à la configuration (ici on est sur corde a double) et à mes connaissances: donc ceux que je maitrise le plus.

 

1- Descendeur type Reverso et ficelou

Normalement, un ficelou, un Reverso avec ses 2 mousquetons c’est le matos qu’on a normalement tous sur le harnais en escalade.

Cette configuration est la plus efficace de tout ce qu’on va voir dans ce tuto.

Les descendeurs du même type que le Reverso font parti de la famille des plaquettes autobloquantes. Donc dans ce tuto, on va jongler avec les termes Reverso, plaquette, plaquette autobloquante pour désigner les mêmes outils. Voilà, ne t’en fais pas si on parle du même bidule avec des noms différents,

Donc les plaquettes autobloquantes (le Reverso) sont prévues pour utilisation au relais en grande voie, sur corde à simple ou en double.

Et dans cette configuration le Reverso devient autobloquant. C’est à dire que je vais pouvoir ravaler le mou au fur et à mesure que le second grimpe et, s’il chute ou marque une pause, dans ce sens, la corde est automatiquement bloquée.

Et c’est cette particularité que nous allons exploiter pour remonter sur corde.

On aura donc comme bloqueur de poing un autobloquant fait avec le ficelou et, comme bloqueur ventral, le Reverso.

 

Dans un premier temps, je confectionne un autobloquant avec le ficelou, je le verrouille avec MS, je me longe dedans et je clippe ma pédale.

Ensuite, pour installer le Reverso en mode autobloquant, je l’installe comme pour une utilisation au relais mais ici le relais, ce sera le point d’attache de mon harnais. Pour ça, je connecte un MS au Reverso à la partie prévue par le fabriquant pour l’utilisation au relais.

En général, c’est un trou sur la face postérieure du corps de la plaquette. Puis, je connecte et verrouille le MS au point d’attache du harnais. Enfin, j’installe normalement la corde dans le descendeur et je clippe un MS comme quand je vais assurer quelqu’un sauf que le mousqueton connecté à la corde ne sera pas cette fois relié au harnais.

Et je pense bien à verrouiller le MS.

Voilà, le Reverso est en mode autobloquant. La suite, normalement on la connaît: monte/pousse/ravale/monte/pousse/raval/…

 

1.2 Equivalent en canyon : Huit à l’italienne et ficelou

Alors c’est vrai qu’en canyon, on ne se trimbale pas vraiment avec un Reverso planqué dans la combi ! Même si c'est léger comme matos, on a déjà assez de Bazard avec nous ! Mais on a une alternative avec l’utilisation du descendeur en huit en mode autobloquant. C’est le huit à l’Italienne !

Le huit à l’Italienne nous donne le gros avantage de pouvoir convertir en un claquement de mousqueton la montée en descente.

Mais nous verrons tout ça dans un autre tuto !

 

2- Nœud de cœur et nœud autobloquant

-Donc pour l'autobloquant il te faut un ficelou et pour le nœud de cœur, il te faut deux mousquetons qui ont la même forme.

Si tu n'en as pas, tu peux les récupérer sur deux dégaines. C’est mieux si les deux mousquetons n’ont pas de virole ou mieux, pas de grosse bague comme on a sur les autolock. Parce que dans la configuration du nœud de cœur, les deux bagues vont venir l’une contre l’autre, ça va augmenter l’espace entre les deux mousquetons ce qui a pour conséquence de réduire le pincement de la corde par les mousquetons et donc, avec une corde fine, même en double, il est possible que le nœud se bloque mal voir pas du tout.

 

Donc Le nœud de cœur va nous servir comme bloqueur ventral. Pour le confectionner, je vais connecter au point d’attache de mon harnais deux mousquetons identiques et clipper la corde dans les deux mousquetons (dans les deux brins si on est sur corde à double bien sûr).

Puis, je vais clipper le brin aval de la corde, dans le mousqueton supérieur en faisant une boucle de manière à ce que la corde passe entre les deux mousquetons et qu’elle sorte vers l’avant.

Comme toujours, je teste le nœud de cœur en ravalant le mou pour le mettre sous tension et voir s’il bloque.

 

Attention :

Le nœud de cœur est loin d’être infaillible et, je vais obligatoirement appliquer le principe de redondance en me longeant dans un second bloqueur plus fiable, comme ici dans un nœud autobloquant. Et aussi, en cours d’utilisation, je vais régulièrement contrôler que la corde reste bien en place dans les mousquetons et que ces derniers sont bien positionnés (pas de chevauchement, vrille, retournement, etc.).

Pendant la remontée sur corde, pour ravaler le mou de corde avec un nœud de cœur, ça se passe de la même manière qu’avec un Grigri c’est à dire, en tirant sur la corde située en aval du nœud de cœur avec un mouvement du bras vers le haut.

 

3- Remonter avec 2 ficelous

Dans la première configuration que nous allons voir, il s’agit de remonter sur corde avec seulement deux ficelous.

Bon, pour pouvoir remonter sur corde avec deux ficelous, et bien pas le choix, ça va se faire à coup d’autobloquants !

Donc là, on se fait un p’tit Machard comme bloqueur ventral avec un anneau de cordelette.

Ensuite, comme bloqueur de poing, on va faire ici un Souabe avec un ficelou monobrin. Je connecte un Mousqueton de Sécurité (MS) au ficelou et j’y clippe ma longe et ma pédale.

Heu, bien entendu, tu fais les nœuds que tu veux en fonction de tes connaissances, du matos que tu as et de la situation.

 

Alors la galère quand on a un nœud autobloquant en ventral, c’est que pendant la phase de poussée sur la pédale, et bien cet autobloquant est autobloqué ! C’est à dire que, le bloqueur ventral, ici un Machard, ne va pas coulisser seul sur la corde au fur et à mesure que je monte. Et en plus de ça, si je tire sur le nœud d’une main pour le faire coulisser vers le haut ça ne va pas le faire, parce qu’il n’y a pas assez de poids dans la corde en dessous de moi. Non en fait, ça va juste faire remonter la corde mais pas le nœud !

 

Donc la solution c’est de :

 

  1. Bien caler la corde dès le début dans ses pieds pour pouvoir par la suite bien la bloquer. Attention : il faut bien caller les deux brins de la corde sinon, quand je vais faire remonter le nœud, il peut y avoir un décalage des brins dans le nœud et alors là, l’autobloquant ne va pas fonctionner;
  2. Pendant la poussée du pied sur la pédale, je serre bien les pieds pour bloquer la corde et, une fois la corde bloquée tendue, je fais remonter d’une main le nœud ventral;
  3. Tout au long de la remontée, je fais coulisser la corde entre mes pieds sans la perdre histoire d’être un peu efficace et d’éviter d’avoir à re-caller la corde à chaque fois;
  4. Et ainsi de suite.

Une méthode plus simple ?

Dans la méthode précedente, avec le coincement de corde et tout le toudim, nous te proposons la version la plus pénible d'une remontée sur corde avec deux autobloquants. En effet, il existe une configuration plus facile pour remonter sur corde avec deux autobloquants:

Pour cela, il faut inverser la configuration des bloqueurs c'est à dire:

  • le bloqueur placé le plus haut sur la corde sera connecté au point d'attache du harnais;
  • le bloqueur placé le plus bas sur la corde sera connecté à ma longe et à la pédale.

Ainsi, en poussant sur la pédale, je met du poid dans la corde en aval du bloqueur relié au point d'attache du harnais et, ce sera plus facile pour le faire coulisser sur la corde.

 

Avantage: plus facile pour faire coulisser le nœud "ventral";

Inconvénient: on a moins de débattement.

Voir ça en vidéo ? La manip' est pas trop mal décrite dans cette vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=6ei5ZVDMrDA), c'est pour ça qu'on a voulu te montrer autre chose. Car qui peut le plus, peut le moins!

 

4- Deux autobloquants mais avec un ficelou et une sangle.

-Alors Si je n’ai qu’un seul ficelou parce que j’estime qu’un ficelou de secours c’est trop lourd à porter par contre, j’ai peu être une sangle qui peut me servir à faire un deuxième autobloquant.

Dans notre cas, on utilise une sangle en dyneema.

Petite note :

Il faut être vigilant sur l’utilisation d’un autobloquant fait avec une sangle dyneema principalement parce que cette matière a tendance à être plus glissante. Ça demande donc, en fonction de la configuration, corde à simple/corde à double etc., d’ajuster le nœud avec un peu plus de tour ou de tresse, de contrôler régulièrement la bonne tenue du nœud et, pourquoi pas, de réserver ce nœud à une position comme bloqueur de poing afin de garantir le meilleur blocage avec l’autre ficelou pour le ventral.

Mais attention, on dit bien qu’il faut être vigilant, et on ne dit pas que c’est interdit. En effet, une fois qu’on connais les contraintes d’un outils et qu’on maitrise ce dernier, on peut se permettre de le « détourner » ou de transformer un inconvénient en avantage dans une situation donnée.

-Comme par exemple ici où Etienne utilise un autobloquant en dyneema et en position ventrale justement parce que cette matière est plus glissante et que cet aspect est intéressant afin de pouvoir remonter plus facilement le nœud en ventrale.

 

 

 

 

Voilà c’est terminé pour ce chapitre sur le mode débrouille de la remontée sur corde.

Bien évidemment, il existe autant de configurations possibles qu’il y a de systèmes autobloquants.

Si tu veux tous les essayer, réfères toi au tableau de synthèse des autobloquants.

 

Clic pour voir le tableau récap’ de l’utilisation des bloqueurs pour la remontée sur corde.

 

Conclusion

En conclusion, les techniques vues dans cette vidéo restent des manip’ de fortune que l’on va utiliser en mode débrouille et donc dans un contexte affectif plutôt fort (adrénaline, stress, fatigue, urgence, etc.). On va donc s’obliger à prendre le temps. Ne pas confondre vitesse et précipitation. Prendre le temps de se sécuriser deux fois. Prendre le temps de contrôler mon installation avant et pendant la remontée.

Et enfin, afin de pouvoir appliquer ce type de méthodes dans de telles conditions il faut bien entendu les maitriser.